Origines du kalarippayat

Les théories et mythes liés aux origines de cet art abondent, mais il semble raisonnable d'avancer que la discipline que nous connaissons aujourd'hui est le fruit d'une synthèse entre différents apports. Le kalarippayat est inextricablement lié à la culture keralaise qui est le résultat d'une fusion entre l'héritage dravidien, l'apport boudhiste et l'apport aryen. Le kalarippayat est par ailleurs liés à d'autres disciplines indiennes ancestrales, telle que le yoga ou l'ayurveda.

Cet article est basé sur mes échanges et lectures, mais il ne reflète que mon opinion personnelle, laquelle n'est pas nécessairement partagée par l'ensemble des pratiquants et enseignants et ces avis n'engagent que moi (et non l'école dont je suis issu).

Les dravidiens, premiers occupants de l'Inde possédaient déjà une tradition martiale et médicale (tradition siddha) ancienne, il y a plus de deux millénaires. Le système martial de l'époque était certainement lié aux techniques de chasse et à l'observation des animaux. La médecine siddha quant à elle, fait partie des trois médecines traditionnelles reconnues en Inde (avec l'ayurveda et l'unani) et provient de la culture tamoule. Il est difficile de cerner les contours exacte de ce socle originel du kalarippayat, mais il est intéressant de garder à l'esprit que cet art s'est développé au sein d'un peuple vivant encore très largement en symbiose avec leur environnement, dépendant de la chasse, de la pêche et de la cueillette. De là provient certainement une partie de la connaissance médicinale et des concepts martiaux du kalarippayat.

Le bouddhisme fut pendant un temps répandu au Kerala et ce avant même la généralisation du brahmanisme dans le sud de l'Inde. De cette période subsiste plusieurs influences dans la culture keralaise et en particulier dans le kalarippayat. C'est très certainement à cette époque que la connaissance des marmas (points vitaux) fut introduite et que la philosophie non violente du bouddhisme influença l'approche martiale du kalarippayat : utilisation d'armes en bois, capacité de mettre un adversaire hors d'état de nuire sans le tuer et techniques de soins permettant de réparer le dommages causés. Plusieurs exemples sémantiques semblent attester de cette influence : le terme « lo har » utilisé aujourd'hui dans certaines écoles pour désigner des exercices vient du mot « Lo Gar » qui désignait les gardes du corps bouddhistes au service de familles princières. Ces derniers vivaient déjà en communauté monastiques au sein de « shaolins », qui signifie « temple » en malayalam. Enfin le plus célèbre exemple de ce lien entre bouddhisme et kalarippayat est celui du moine guerrier boddhidarhma qui a propagé le boudhisme chan en Chine et fondé les arts martiaux de Shaolin (voir article « Influences »). Lui-même était issu d'une famille princière keralaise. Toutefois si le bouddhisme se propagea ailleurs en Asie, il ne perdura en Inde que de manière très minoritaire.

Au Kerala, il ne fut remplacé par le brahmanisme (devenu l'hindouisme) qu'au 5 ou 6 ème siècle après JC. Cette influence tardive du peuple aryen sur le sud de l'inde (au nord, ils traversèrent l'indus aux alentours de -2000 avant JC), explique les spécificités culturelles que l'on y retrouve aujourd'hui encore. Ils introduirent la culture brahmanique et son système de castes, ainsi que l'ayurvedha (savoir médical) et le dhanurvedha (savoir martial). Les rituels dévotionnels présents dans de nombreuses écoles et le maniement des armes en fer remonteraient à cette époque. Cette influence est beaucoup plus marquée dans le style du nord que dans celui du sud. L'introduction de la culture brahmanique a certainement contribué à développer les liens entre le kalarippayat et d'autres traditions indiennes ancestrales comme le yoga ou l'ayurveda. Il est cependant difficile de déterminer avec certitude quelle discipline a influencé l'autre, tant ces traditions sont anciennes et la culture indienne propre à opérer une synthèse des savoirs.

Certains auteurs laissent entendre que le kalarippayat serait une sorte de yoga martial. Or si il est vrai que plusieurs concepts énergétiques et philosophiques sont communs aux deux disciplines, il me semble important de ne pas perdre de vue que le kalarippayat est et demeure un art martial, distinct du yoga dans son histoire, sa pratique et dans la voie qu'empruntent ses adeptes. Il est intéressant d'observer des similitudes qui témoignent d'une influence probable entre les deux systèmes : des concepts énergétiques comme le prana et les vayus (expressions du souffle de vie et de la circulation des énergies), les chakras (centres énergétiques majeurs), ou encore des postures ou exercices sont similaires comme l'assana (en yoga, posture maintenue de manière prolongée) du guerrier qui correspond au vadivu (posture animale en kalarippayat) du cheval, ou encore celle du cobra, pour ne citer qu'elles. Des liens peuvent donc être établis entre les deux disciplines, mais je tiens pour ma part à rappeler que le cheminement du yogi et celui de l'artiste martial diffèrent en particulier dans le fait qu'un artiste martial ne pratique pas seulement ses formes individuellement, mais se construit aussi à travers les exercices de combat et les échanges avec ses partenaires.

Le savoir médical du kalarippayat est souvent présenté comme faisant partie de l'ayurveda et s'il ne fait aucun doute qu'il y puise de nombreuses connaissances, il ne faut pas cependant négliger l'originalité du kalarippayat qui comporte des méthodes spécifiques que seul un pratiquant maitrisant la technique martiale sera à même de réaliser. C’est notamment le cas des massages opérés avec les pieds, typiques du kalarippayat et qui requiert des années de pratique martiale avant de pouvoir être dispensés correctement. L’ayurveda inclut également des massages des nadis et marmas, mais là aussi la connaissance du kalarippayat est spécifique et liée à la pratique martiale. Plusieurs huiles, remèdes ou traitements sont communs aux deux disciplines (Dhara, Kiri, Nasia …) et les gurukkals intègrent largement les concepts de l’ayurveda dans leur compréhension du corps, mais il demeure des différences dans la façon de dispenser les soins et les gurukkals restent les seuls à connaître les secrets de fabrication de différentes huiles et remèdes, si bien que le kalarippayat conserve encore ces spécificités thérapeutiques.

Le kalarippayat est donc le résultat de la rencontre de plusieurs traditions millénaires, ce qui en fait un sytsème riche, complet et comportant de nombreux liens avec d'autres disciplines, indiennes ou asiatiques (voir article « Influences »).

CONTACTS :

Mail : kalarirhone@gmail.com

TEL : 06 63 48 50 45

Olivier DURILLON

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